15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 10:06

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Vous pourriez intuitivement penser qu'un médecin qui a une maladie grave va se servir de toutes les ressources qu'il a à sa disposition et suivre le même cheminement thérapeutique qu'il aurait prescrit à un patient atteint de la même pathologie. Vous vous dites : "il est logé à bonne enseigne". Non, c'est l'inverse ! En caricaturant, un peu comme pour les enfants de coiffeur qui sont le moins bien « coupés », un docteur est le plus mal soigné. Et c'est lui qui l'a décidé ainsi. 

Les médecins d'hôpitaux sont continuellement confrontés à des fins de vie difficiles des patients très âgés ou de ceux qui ont un cancer avancé. Ils sont plus susceptibles de penser « Si j'étais à sa place, je crierai à mes collègues : "Achevez-moi !" » plutôt que de rallonger un peu ma vie par un acharnement thérapeutique ; en endurant mille souffrances, allongé sur un lit, perforé de partout et gavé de médicaments. 

Ken Murray est professeur de médecine familiale de l'université de Caroline du Sud et il ose briser ce tabou. Si un médecin est atteint d'un cancer grave (du pancréas par exemple), il est fort probable qu'il choisisse de ne pas prendre d'autres traitements que des médicaments antidouleurs et profiter de sa fin de vie en famille, sans traitement ni opération. On vit à peine moins longtemps, mais beaucoup mieux. 

Le commun des mortels de nos pays développés a généralement de trop grandes attentes de la part de la médecine et « met la pression » : alors on fait l'impossible pour maintenir quelqu'un en vie, en dépit de toute logique et des coûts astronomiques. Celle-ci ne ressuscite pas. Qui sait qu'après un arrêt cardiaque complet, les chances de réussite d'une réanimation sont de 2% ? 

Un sondage auprès de spécialistes allemands a montré que la moitié environ ne suivrait pas les opérations qu'ils recommandent aux patients. Un autre sondage auprès d'infirmières et infirmiers a aussi montré que pratiquement la moitié de ceux-ci n'accepteraient plus de traitement lourd après 85 ans. 

A quoi bon ? Souvent les patients eux-mêmes, dans leurs souffrances, aimeraient arrêter les traitements et les opérations à rallonge, mais l'entourage fait pression pour qu'ils se battent jusqu'au bout, inspirés peut-être des miracles fiction vus dans les séries télévisées.

 

Les médecins ne sont pas plus pessimistes que les autres, mais réalistes : ils connaissent les limites de la pratique. Certains portent même un badge (voire un tatouage!) qui signifie de ne pas leur faire de RCP (réanimation cardio-pulmonaire) qui risque plus de leur casser leurs côtes (si pratiqué à l'ancienne) qu'autre chose et leur donner à cette occasion d'immenses douleurs ultimes au moment même du passage vers l'autre monde... 

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On peut le comprendre : la famille, surtout si le patient est encore jeune, ne veut pas être confrontée à l'intense impact psychologique de la perte d'un proche. Ils s'aveuglent en exigeant le meilleur ... qui peut en réalité être le pire pour l'être qu'ils aiment. Parfois, dans les unités de soins palliatifs, des médecins voient des patients demander quand le traitement va commencer : personne dans l'entourage ne leur a dit qu'ils étaient dans l'antichambre du trépas. 

Il est forcément difficile pour un médecin de faire admettre au patient qu'il n'y a plus d'espoir tangible et de « jeter l'éponge ». Tout, dans le métier, force à dire qu'on va réaliser l'impossible. C'est la « mission » d'un médecin moderne. Des patients peuvent même se rebeller et il n'est pas rare d'entendre que ce sont des raisons budgétaires qui poussent le médecin à préconiser de tout arrêter.

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